CAPLAND SA, l’énigme d’une performance sans faille
Dix ans sans une seule note négative dans l’univers impitoyable des Hedge Funds: CAPLAND intrigue autant qu’elle fascine. Sa longévité repose sur un savant mélange de rigueur, de mathématiques internes et d’un instinct façonné par trois décennies de pratique. Rencontre avec son fondateur, Konstantinos Lanaras, pour comprendre les ressorts d’une stabilité devenue rare.
L’héritage de la confiance et la construction d’un modèle
Lorsque Konstantinos Lanaras évoque les origines de CAPLAND, créée en 2005, il ne parle ni de stratégie de conquête ni d’ambitions tapageuses. Il parle de confiance. Et plus précisément, d’un pacte tacite noué avec les familles qu’il accompagnait déjà au sein de la banque genevoise, certaines depuis deux générations. Son objectif premier n’était pas seulement de bâtir une société de gestion, mais de prolonger les liens personnels. Cette vision, presque artisanale, explique en partie la trajectoire singulière de CAPLAND. Konstantinos Lanaras décrit cette période comme le prolongement naturel d’un devoir : servir ces familles « le plus longtemps possible », tant que sa santé le lui permet, et honorer la fidélité qu’elles lui avaient accordée.
Le positionnement privé s’est ensuite ouvert, presque organiquement, au monde institutionnel. Le fondateur avait déjà un pied dans cet univers via une collaboration avec une boutique spécialisée dans les fonds alternatifs, dont la croissance fulgurante puis la vente ont laissé leur empreinte. Cette immersion précoce a aiguisé la rigueur et posé les codes qui structurent encore CAPLAND aujourd’hui. Le groupe s’est même aventuré très tôt, en 2017, dans les monnaies digitales avec une filiale baptisée ALTCOINOMY, preuve d’une capacité à prendre des virages avant les autres. Derrière ces évolutions, un fil rouge demeure : la persévérance méthodique.
Cette constance irrigue également la relation client, fondée sur un principe peu fréquent dans l’industrie: il n’existe ni petits ni grands clients. Konstantinos Lanaras se montre catégorique. Ce qui garantit cette égalité, dit-il, c’est l’utilisation d’outils capables de répliquer à la fraction de seconde la même décision de marché à l’ensemble des portefeuilles. CAPLAND opère via des AMCs – Actively Managed Certificates – et des fonds maison, accessibles dès 10 000 ou 100 000 euros, bien loin des seuils imposés par les grandes banques. Cette architecture permet d’offrir la même exécution à un milliardaire qu’à un client disposant de 150 000 euros.
« Dans la finance, le timing et l’égalité de traitement ne sont pas des options, ce sont des best practices »,Konstantinos Lanaras, Fondateur de CAPLAND.
Une sélection draconienne et une mécanique interne tenue secrète
Le lancement du CAPLAND Alternative Fund en 2016 n’est que l’aboutissement d’une spécialisation entamée dès 1991. À cette époque, bien avant l’euphorie médiatique entourant les Hedge Funds, Konstantinos Lanaras s’intéresse déjà à cette classe d’actifs particulière, capable théoriquement de gagner autant lorsque les marchés montent que lorsqu’ils s’effondrent. Cette recherche d’une poche résiliente est devenue une nécessité dans la gestion globale des fortunes qu’il accompagne. L’année 2022 en a été l’exemple parfait: pendant que les actions décrochaient et que les obligations perdaient pied, le Fond de CAPLAND affichait une performance positive.
Derrière ce résultat se cache une méthode quasi chirurgicale. La sélection des fonds éligibles parmi les 7’500 Hedge Funds existants repose sur des critères implacables, dont quatre années d’historique, cinq cents millions au minimum sous gestion, et au moins soixante-cinq pour cent de mois positifs. Une pré-sélection qui ne laisse passer que cent quarante candidats, et dont moins de trente sont retenus in fine. Le reste est affaire de statistiques, d’analyses croisées, de comparaisons géographiques et sectorielles, mais aussi de combinaisons. Konstantinos Lanaras aime l’image du rugby : « Un bon portefeuille, c’est comme une équipe de quinze. Les joueurs doivent se compléter pour franchir la ligne. » Konstantinos Lanaras, fondateur de CAPLAND.
Cette mécanique analytique constitue l’essentiel de la « formule magique » maison, complétée par une part plus subjective, issue de l’expérience cumulée de l’équipe. Une intuition nourrie d’années d’observation des comportements de marché et de ceux qui les orchestrent. Konstantinos Lanaras raconte ainsi un épisode qui a marqué sa carrière: le jour où George Soros est passé de la discrétion absolue à une couverture choc dans le Financial Times, proclamant avoir gagné un milliard sur le dos de Margaret Thatcher.
« J’ai tout vendu. Il avait changé d’attitude » Konstantinos Lanaras, fondateur de CAPLAND.
Cette décision, purement instinctive, résume la part humaine qui subsiste au cœur d’un univers dominé par les chiffres.
Cette rigueur, ajoutée à un accès privilégié aux meilleurs gestionnaires, certains fermés au public depuis longtemps, explique la stabilité des résultats. Le fondateur évoque aussi la montée en puissance des stratégies quantitatives, qu’il utilise depuis 1992, et dont les itérations modernes, encore plus sophistiquées, renforcent la solidité du portefeuille. À cela s’ajoute une diversification, répartie entre Global Macro, Long Short Equity, Market Neutral ou Event Driven. CAPLAND ajuste en permanence ce mix stratégique, guidée par une veille quotidienne de la géopolitique, des agissements des banques centrales, des politiques économiques et des mouvements de consommation.
Le combat contre « l’administrativisme » et l’appel à un retour au réel
Si Konstantinos Lanaras parle volontiers de ses méthodes, il se montre tout aussi disert lorsqu’il s’agit d’évoquer l’environnement réglementaire dans lequel évolue le secteur. Son diagnostic est sans détour : un excès de normes déconnectées du terrain, produit par ce qu’il appelle « l’administrativisme », véritable parasite des économies modernes.
« L’administrativisme est le cancer de toute activité économique » Konstantinos Lanaras, fondateur de CAPLAND.
Son propos n’est pas une charge contre la règle, mais contre la prolifération de textes conçus par des législateurs qui, selon lui, manquent de compétence pratique.
Cette dérive s’explique, dit-il, par une succession d’événements historiques qui ont permis aux politiques et aux auditeurs de prendre le contrôle du paysage financier, après les scandales d’Enron et Worldcom puis la crise de 2008. Depuis, les professionnels se sont effacés, épuisés par des années de sur-réglementation. Konstantinos Lanaras plaide pour un rééquilibrage: que ceux qui rédigent les règles aient au moins dix ans d’expérience dans le métier qu’ils encadrent, faute de quoi leur intervention manque de sens. « Qu’ils arrêtent de réfléchir » Konstantinos Lanaras s’ils ne maîtrisent pas la réalité opérationnelle, ajoute-t-il, non par provocation mais par pragmatisme.
Derrière son franc-parler, c’est une vision cohérente qui se dessine: la finance doit retrouver un équilibre entre théorie et pratique, entre la nécessité d’encadrer et celle de laisser respirer les métiers. CAPLAND s’est construite dans cet entre-deux, en restant fidèle à une idée simple: un investissement n’est durable que lorsqu’il conjugue discipline, humilité et connaissance fine de l’humain.
Article publié par Challenges:
https://www.challenges.fr/entreprise/banque-et-assurance/capland-lenigme-dune-performance-sans-faille_638193

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